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Par Rosalind Stefanac En matière d'aménagement du temps de travail, voici un aperçu de ce que certains des gros cabinets offrent : BDO Dunwoody s.r.l. : semaine de travail comprimée et/ou flexible, horaire réduit, télétravail, Blackberry, service de garde d'urgence, progamme de congé sabbatique et jours de congé d'ordre personnel. Deloitte & Touche : heures de début et de fin de journée flexibles, semaine de travail comprimée, horaire réduit ou saisonnier pouvant permettre de réduire de 40 % au maximum le nombre d'heures, télétravail. Ernst & Young : horaire réduit, congé saisonnier de courte durée, semaine de travail comprimée, télétravail, service de garde ponctuel pour les enfants et les personnes à charge, aide à l'adoption, service de conciergerie, service de livraison de repas à prix réduit, choix dans les déplacements de fin de semaine (ex. : le ou la conjointe peut rejoindre le ou la salariée partie en voyage d'affaires, possibilité, en fin de semaine, de choisir une autre destination de vol que sa ville de résidence). KPMG : horaire à la carte, temps partiel, télétravail, semaine de travail réduite ainsi que 50 heures de congé d'ordre personnel par an, programme de congé sabbatique, service de garde ponctuel pour les personnes âgées et les enfants, congé d'adoption et de paternité payé et possibilité d'obtenir l'aide d'un assistant personnel pour les courses quotidiennes. PriceWaterhouse Coopers : temps partiel, télétravail, partage d'emploi, semaine de travail comprimée, supplément maternité, aide à l'adoption, vendredis à la carte, autorisation d'absence, programme de subvention du bénévolat des employés sous forme de financement, de temps et d'expertise. Grant Thornton : horaire à la carte, semaine de travail réduite, aménagement saisonnier de courte durée, semaine de travail comprimée, autorisation d'absence et autres aménagements non conventionnels. |
Quand Guy Marchessault quitte son bureau à la fin de la journée, il n'est joignable ni par ses collègues ni par ses clients. «Si je suis absent du bureau, je suis absent, donc ne comptez pas sur moi», dit ce père de quatre enfants qui est CA depuis 17 ans. «Beaucoup de gens travaillent le samedi et le dimanche; je peux quant à moi compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où j'ai travaillé la fin de semaine ces dernières années», dit-il. Associé en ressources humaines et en vérification chez BDO Dunwoody à Montréal, Guy Marchessault est fier du fait qu'il arrive à consacrer du temps de qualité à sa femme et à ses enfants sans avoir à se soucier de compter ses heures de travail. «Je ne réduis pas nécessairement ma charge de travail, mais je me débrouille pour que mes engagements soient conformes à ce que je peux faire», explique-t-il. Quand récemment un engagement professionnel s'est trouvé coïncider avec une activité familiale, ses enfants étant en vacances, par exemple, M. Marchessault a tout simplement réaménagé son horaire de façon à pouvoir concilier les deux. «Avoir une certaine qualité de vie en dehors du travail est un choix personnel.» Guy Marchessault est représentatif d'un nombre croissant de CA qui font de l'équilibre travail-vie personnelle une priorité. En fait, il ressort de sondages récents menés par l'Institut Canadien des Comptables Agréés que l'équilibre travail-vie personnelle vient en tête de liste des priorités des membres quand il s'agit de choisir un emploi. Cet état d'esprit prévaut notamment parmi les jeunes. Dans un sondage réalisé en janvier 2006 auprès des membres de moins de 35 ans, une majorité de répondants (69 %) classaient l'équilibre travail-vie personnelle comme un facteur très important dans leur milieu de travail actuel et 77 % citaient l'absence de cet équilibre comme la principale raison les ayant motivés à quitter le cabinet où ils avaient initialement été formés. «J'observe cela chez les jeunes que nous recrutons, dit Guy Marchessault. Nous leur disons qu'ils ne vont pas travailler 60 heures par semaine. Cet argument a plus de poids que celui de l'argent.» Pascal Poirier constitue un excellent exemple. Consultant principal, âgé de 25 ans, chez Deloitte & Touche à Montréal, Pascal Poirier a récemment pris six semaines de congé (dont trois sans salaire) pour animer un camp de hockey pour enfants. «J'ai reçu un grand soutien de mes collègues parce qu'ils savaient que j'avais une bonne raison de prendre congé, puisqu'il s'agissait de consacrer du temps à des enfants de la collectivité», dit-il. Trouver un emploi qui offre ce genre de flexibilité revêt une très grande importance pour moi.» Pour Helen Mallovy Hicks, une semaine de travail réduite est la norme depuis la naissance de son premier enfant, il y a 14 ans. Après avoir commencé avec un horaire équivalant à 80 % du temps plein quand ses filles étaient petites, elle assure maintenant 95 % d'un temps plein, ce qui lui permet de prendre des congés supplémentaires au besoin. «Je réussis à passer du temps de qualité avec les enfants aux vacances de Noël ou d'été, et je peux quand même assister à la totalité des réunions de parents et professeurs et des compétitions sportives», dit-elle. Associée dans le Groupe d'évaluation et de conseils stratégiques de Pricewaterhouse Coopers à Toronto, Helen Mallovy Hicks fait partie d'un groupe d'environ 45 personnes, dont un bon nombre ont choisi l'horaire à la carte, pour passer plus de temps en famille ou pour s'adonner à des activités qui les intéressent et voyager. «Un directeur a pris six mois de congé pour partir en voyage avec sa femme avant d'avoir des enfants et nous lui avons gardé son emploi jusqu'à son retour, dit-elle. Et cela ne l'a pas empêché, maintenant qu'il vient d'avoir son premier enfant, de prendre aussi un congé de paternité.» Chez PwC, un programme de congé sabbatique permet aussi aux associés de prendre trois semaines de congé supplémentaire tous les cinq ans. J'ai été l'heureuse bénéficiaire de ce programme l'été dernier, avec sept semaines de congé», dit-elle. Seul un travail d'équipe rend possible l'existence des horaires à la carte, estime Helen Mallovy Hicks. «Nous bénéficions tous de ce travail d'équipe. Quand mes collègues veulent prendre congé, je suis plus que disposée à m'y coller et à les aider.» Le fait qu'il existe un grand bassin de professionnels qualifiés et qu'on puisse répartir le travail entre eux fait aussi en sorte que personne en particulier n'a une charge trop lourde», dit-elle. La communication avec les collègues est essentielle, convient Dallas Leung, CA de Vancouver, directeur, Finance d'entreprise et services commerciaux, chez TSI Terminal Systems Inc., et père de deux enfants. «Je mets mon patron et mes subordonnés au courant des impératifs de mon emploi du temps, dit-il. J'essaie de partir à temps le mardi, de manière à pouvoir assister au match de soccer de mon fils et cela marche très bien, tout le monde sait que je n'ai pas la possibilité de rester tard le mardi.» Mais même les CA qui n'ont pas le luxe d'avoir des collègues en réserve trouvent des moyens pour mettre de l'équilibre dans leur vie. Carolyn Cohen, consultante indépendante en formation et en ressources humaines de Toronto, a décidé de lancer sa propre entreprise il y a sept ans en raison de la flexibilité que cela offrait. «Selon moi, aucun secteur de ma vie ne devait tout absorber, dit-elle. Je n'ai jamais quitté le travail parce que j'avais une autre obligation, je quittais parce que j'avais assez travaillé pour la journée.» Travailler à son compte signifie pour Carolyn Cohen pouvoir faire faire une promenade à son chien en milieu d'après-midi ou raccompagner une amie à l'aéroport. «Ce n'est pas que je travaille moins, mais mon travail est plus flexible et j'aime bien ça.» Elle parvient, dit-elle, à empêcher la charge de travail d'atteindre des proportions déraisonnables, en sachant quand il est temps d'aller faire autre chose. «J'ai appris à être moins perfectionniste qu'autrefois et, si quelque chose n'est pas parfait, eh bien ça ne m'empêche pas de dormir.» Pour John Gunn, s'en aller faire autre chose a signifié quitter un cabinet où il avait passé 32 ans. «J'ai donné mon préavis sans savoir ce que j'allais faire, dit-il. Cela faisait tellement longtemps que je faisais toujours le même travail, parfois glorieux, mais tout de même très routinier.» Bien qu'il ait été recruté, alors même qu'il occupait encore son emploi, pour devenir directeur de la CA School of Business (CASB) de la région de l'Ouest, il a choisi de prendre six mois de congé avant de commencer dans son nouveau poste. Pour l'essentiel, j'ai fait des choses que je voulais faire depuis un moment, mais sans en avoir jamais eu l'occasion», dit M. Gunn. Il a notamment pris des vacances de 40 jours avec des amis et des membres de sa famille, assisté à différents cours, composé de la poésie et de la musique, fait du bénévolat et entrepris bon nombre de longues randonnées sur des sentiers touristiques au Canada. «C'était merveilleux et ça a été réellement une occasion unique dans ma vie d'établir mon propre programme.» Selon le palmarès annuel des 100 meilleurs employeurs au Canada établi par Maclean's, un certain nombre de gros cabinets comptables font un effort louable pour s'adapter à ce besoin croissant de flexibilité dans le but d'attirer les éléments les plus talentueux dans la discipline. Mais la profession dans son ensemble n'en est pas encore tout à fait là selon Barbara Vigilante, responsable du Work/Life Balance and Women's Initiatives Executive Committee, un comité formé par l'American Institute of Certified Public Accountants. Les sociétés ont beau avoir des politiques en place, dit Barbara Vigilante, la vraie question est de savoir si les gens s'en prévalent réellement. «Le problème est de découvrir quelle est la culture de l'entité et si les gens se sentent libres de se prévaloir de ces politiques sans être pénalisés, indique-t-elle. Le fait est que choisir un horaire à la carte peut retarder la progression de votre carrière, mais c'est un compromis que vous faites.» C'est un compromis que les hommes comme les femmes sont de plus en plus disposés à faire, dit Barbara Vigilante. «On sait que le fait que les femmes aient des enfants est l'un des catalyseurs de la flexibilité en milieu de travail, mais le phénomène s'est étendu pour toucher tout le monde, dit-elle. On sait que les nouveaux pères participent plus que jamais à la vie de leurs enfants et ils font progresser les choses.» Phillip Gagle, président-directeur général de l'Institute of Chartered Accountants of Bermuda, dit qu'il s'est promis lors de la naissance de son premier enfant de ne jamais manquer la moindre cérémonie ou activité scolaire importante de son enfant. «Jouer mon rôle de père est devenu en un instant ma priorité numéro 1 — on ne transige pas», dit-il. Cela étant, dans un milieu compétitif, délaisser un emploi pendant plusieurs mois vous expose à rater des occasions, indique Guy Marchessault. Selon lui, non seulement les salariés peuvent s'inquiéter de ce que le patron pense des aménagements du temps de travail, mais il peut arriver que la concurrence d'autres collègues dissuade les salariés de se prévaloir des politiques internes. «Il peut arriver que la haute direction soit favorable à ce que les salariés prennent un congé, mais ces derniers se comparent à leurs collègues et c'est un problème difficile à résoudre.» Dans le but d'aider les salariés à la recherche du parfait équilibre à régler des questions comme celles-ci, l'ICCA a créé un comité sur la conciliation travail-vie personnelle en 2005 sur le modèle du groupe dont Barbara Vigilante a la responsabilité (www.icca.ca/travailvie). Composé de CA de tout le pays travaillant dans différents milieux, le Comité a pour objectif de sensibiliser la profession aux problèmes de conciliation travail-vie personnelle, de faire connaître les meilleures pratiques et finalement de devenir une enceinte où employeurs et salariés peuvent débattre des problèmes. «Beaucoup de membres ont de bons exemples d'aménagements réussis, et plus on pourra échanger d'informations là-dessus et en déduire de bonnes pratiques, mieux ce sera, indique la présidente du Comité, Moira Bryans de Vancouver. Il faut vraiment que les individus prennent et assument les décisions relatives à la conciliation travail-vie qui les rendront heureux et qui rendront heureux leurs employeurs.» Georgina Tollstam, associée des services de fiscalité de KPMG dans la région du Grand Toronto, confie que l'essentiel est d'être réaliste quant au volume de travail qu'on peut assumer lorsqu'on a un horaire à la carte. Georgina Tollstam a été promue associée tout en travaillant quatre jours par semaine (horaire qu'elle a conservé jusqu'à aujourd'hui, même si ses enfants ont maintenant quitté la maison pour étudier à l'université), mais elle indique qu'il n'est pas toujours possible de progresser au même rythme que quelqu'un travaillant à plein temps. Je ne pense pas qu'en travaillant quatre jours par semaine il soit forcément possible de dire “je vais prendre la tête de cette initiative ou je vais avoir une immense clientèle”, dit-elle. L'insatisfaction de certaines personnes qui n'y parviennent pas provient de ce qu'elles essaient de tout faire à la maison et au travail, et il faut lâcher du lest.» Du côté du revers de la médaille, Georgina Tollstam admet qu'avoir un horaire à la carte vous expose à être confiné dans les missions de routine. «La plupart des CA sont des gens motivés, très ambitieux», dit-elle, soulignant que même ceux qui font une semaine de travail réduite devraient avoir la possibilité de relever des défis. «Il peut arriver que des gens soient disposés à sacrifier de temps en temps un jour de congé pour être en mesure de s'acquitter d'une mission qui représente un défi — il ne faudrait pas les écarter.» Lynn Pratt, associée chez Deloitte & Touche (DT) qui a un horaire réduit de 20 % depuis qu'elle a mis au monde deux jumeaux il y a sept ans, estime que les salariés n'examinent tout simplement pas les possibilités qui leur sont offertes. «Je pense que les cabinets sont plus conciliants qu'on ne le pense», dit-elle. Même si elle travaille cinq jours par semaine, Lynn Pratt a suffisamment de flexibilité pour accompagner ses enfants à leurs rendez-vous au besoin et pour quitter tôt le bureau tous les jours. «Il est certain que je n'abats pas autant de travail que les gens à plein temps, parce que je ne veux pas me sentir coupable quand je rentre à la maison et que je dîne avec mes enfants», ajoute-t-elle. Étant donné le fort pourcentage de nouvelles associées chez Deloitte qui veulent toutes concilier travail et vie personnelle, Lynn Pratt s'attend à ce que cette évolution vers les horaires à la carte devienne encore plus marquée. «Quand ces situations existent au niveau des associés, cela se répercute inévitablement aux échelons inférieurs parce que les éléments nécessaires à la conciliation de multiples objectifs sont mieux compris», indique-t-elle. Georgina Tollstam est d'accord. «À mon avis, sur le plan des concepts, tous les cabinets admettent qu'il faut être flexible», dit-elle. Au sein même du groupe qu'elle dirige, plusieurs personnes sont en congé de maternité tandis que d'autres sont en congé d'études, s'occupent d'un proche âgé ou consacrent du temps à divers intérêts en dehors du travail. «Nous sommes très attachés à fidéliser les talents, parce que le marché se rétrécit, ndique-t-elle. Je n'ai jamais repoussé aucune demande. Si quelqu'un travaille bien, vous ferez ce qu'il faut pour le contenter.» Helen Mitchell, directrice principale, Services financiers chez Ernst & Young, constitue un excellent exemple de personne qui a réussi à progresser dans sa profession tout en conservant un horaire à la carte lui permettant de passer du temps avec ses filles de trois et six ans. Lorsqu'elle a réduit sa semaine de travail à quatre jours il y a cinq ans, elle exerçait l'expertise comptable dans un cadre où les échanges avec les clients étaient minimes. Il y a un an ses supérieurs l'ont convaincue de retourner en vérification, avec pour client une institution financière en vue. «Au début la disponibilité à plein temps au service du client et les heures que cela implique m'inquiétaient, mais cela n'a pas eu d'incidence pour moi», dit-elle. Même s'il peut lui arriver d'avoir à travailler cinq jours par semaine à l'occasion, ou de consulter son Blackberry durant son jour de congé, Helen Mitchell récupère toujours ses heures ensuite. «Il faut être flexible, mais il ne faut pas non plus s'oublier soi-même.» Pour obtenir de plus amples informations sur le Comité sur la conciliation travail-vie personnelle de l'ICCA, veuillez communiquer avec Karen Duggan à Karen.duggan@cica.ca. |